Mis en avant

Le futur pétrolier algérien à la lumière de la politique énergétique européenne

Dans son dernier rapport « L’Union européenne risque de subir des contraintes fortes sur les approvisionnements pétroliers d’ici à 2030 – Analyse prospective prudentielle (The Shift Project, Juin 2020)», « The Shift Project », un think tank français qui milite pour une décarbonation active de l’économie et reconnu comme acteur dans le débat sur la transition énergétique en Europe, présente ses conclusions suite à son analyse de données du « Rystad Energy », l’agence d’intelligence économique norvégienne spécialisée dans les études pétrolières. Ce rapport fait suite à une commande du ministère des armées françaises inquiète sur ses approvisionnements. Les conclusions de ce rapport confirme les doutes qui s’installent dans les esprits. Il confirme aussi, pour ce qui nous intéresse, la déliquescence et le déclin de la politique énergétique de l’Algérie et par conséquent de son économie et sa stabilité. Nous sommes un maillon faible et une inquiétude géo-politique certaine.
Cet article n’est encore réactualisé au vu des derniers bouleversements de la guerre en Ukraine.

Une course contre la montre entre la baignoire qui se remplit et se vide à des vitesse différentes

Il faut imaginer la disponibilité mondiale comme la résultante entre une production en déclin et une consommation qui va continuer à augmenter encore pour quelque temps. Cette production actuelle couvre les hydrocarbures conventionnels qui ont atteint leur pic de production en 2008 avec 69 millions de barils par jour (Mb/j) et une décroissance de 2,5 Mb/j entretemps. Ce pétrole représente plus de 70% des liquides d’hydrocarbure. Il est le fait des découvertes pétrolifères anciennes. Il faut rajouter la mise en production des hydrocarbures non-conventionnel en Amérique du nord qui viennent combler et masquer déclin du pétrole historique.

D’autre part, la production future doit tenir compte de 2 variables que sont la courbe des découverte et celle de la production (ou consommation). Dans la figure 1 ci-dessous, tous les grands gisements découvert le sont avant le nouvel millénaire.
De surcroit, les nouvelles découvertes sont de moindre qualités.

Fig 1-Découverte et production des hydrocarbures conventionnels depuis 1950.

Une autre variable et des moindre, est la politique future des investissements qui a un rôle primordial dans l’exploration et la production des énergies fossiles.

Bien que l’effondrement des cours en 2014-2015 soit passé par là, les volumes d’investissements dans la recherche et le développement (CAPEX) de la production d’hydrocarbures (non-conventionnels) reste supérieurs à ceux antérieurs à 2010 (figure 2) ; ces investissements ont été largement préservés, grâce à la forte contraction des tarifs des sous-traitants (on rogne, en priorité, sur leurs marges) et à la politique de « Quantitative Easing » de la FED qui a déversé des milliards $ pour parer à la crise de 2007/2008.

Fig 2 – Investissements dans l’exploration et production des hydrocarbures non-conventionnels

Les forts niveaux d’endettement suite aux très forts niveaux d’investissements (CAPEX) et des moindres retour d’investissement (CFO) pour cause de chute des cours à fait baisser les premiers pour augmenter les seconds (figure 3). Cette tendance va avoir une incidence sur le développements des capacités de productions futures.

Fig 3 -Investissements (CAPEX) et retour sur investissements (CFO) dans les hydrocarbures non-conventionnels pour la période 2015-2019
Quels sont les enjeux pour l’Europe et que craint-elle?

L’inquiétude porte sur les incertitudes des réserves mondiales, des productions actuelle et sur celles des deux prochaines décennies pour ne pas dire demain dans la vie d’une nation. Les enjeux économiques et géopolitiques sont cruciaux, au vu de la position de l’Europe comme premier importateur mondial de brut devant la Chine et les États-Unis. Elle est aussi dépourvue de cette ressources même si l’on devait donnait une seconde vie au pétrole Norvégien ou Britannique. L’inquiétude est d’autant réelle qu’elle porte sur ses fournisseurs les plus exposés (production largement mature ou en déclin).

Les ressources matures

L’évolution des différentes régions dans le monde

L’état des réserves réelles ou attendues pour l’Algérie

La première question qui se pose c’est quelles sont les réserves de l’Algérie, leurs structures et l’état de leurs exploitations.

A la base des réserves, il y a les découvertes. Toutes les grandes pour l’Algérie se sont fait en Onshore avant les années 80. Les campagnes d’exploration à partir de 2000 n’ont donné que très peu de découvertes significatives.

Répartition des découvertes 1950/2020
Cumul des découvertes 1950/2020

La figure ci-dessus révèle la décroissance des découvertes et la stagnation des réserves cumulées. En 3 décennies, à peine 2 milliards de pétrole brut viennent consolider le stock. En dans la même période, l’Algérie en a consommé autant. Il évident que l’Algérie ne présente aucune potentialité nouvelle. Elle est à l’image du reste du monde.

Qualité des découvertes 1950/2020

Ce n’est pas tant le nombre de découverte qui importe mais la taille de chaque une d’elle. A partir de 2000 exception de l’une, aucune n’excède les 100 de barils. La taille détermine les coûts mis en jeu et les retours sur investissements. Cette configuration implique un besoin plus accru d’investissement pour de moindre revenus.

La baignoire qui se vide ou la situation de la production.

Perspectives des ressources pétrolières récupérables mondiales de Rystad Energy 2021
Source-Rystad Energy-Communiqué de presse Juillet 2021

Les perspectives réactualisées du Rystad pour 2021 du graphe ci-dessus, nous donne les détails suivants:

  • 1P: 4 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, estimation prudente des champs existants. Son existence est établie et les chances de récupération et de rentabilisation sont d’au moins 90 %. C’est la référence général des publications statistiques. C’est le seuil d’assurance de rentabilité des investissements pour les compagnies pétrolières.
  • 2P: 6 milliards de barils de réserves de pétrole prouvées + probables, estimation la plus probable des champs existants. Une probabilité égale ou supérieure à 50 % considérée comme économiquement exploitable pour la fraction en sus du 1P. C’est une évaluation économique qui tient compte du prix et des technologies actuels du pétrole. Cet indice est appelé aussi P50.
  • 2PC: 9 milliards de barils de réserves pétrolières prouvées + probables + ressources pétrolières contingentes récupérables moyennes dans des projets/découvertes encore indécis, y compris les volumes non commerciaux.
  • 2PCX: 14 milliards de barils c’est l’estimation la plus probable pour les champs existants + les ressources contingentes en découvertes + les ressources potentielles risquées dans les champs encore non découverts.
  • mmbbld: Production de 1,1 millions de barils/jour de pétrole brut (excluant le GNL et les condensats).
  • 1P life: 10,5 ans, c’est la durée de production en tenant compte de la production actuelle et de la réserve estimée en 1P.
  • 2PCX life: 34 ans , c’est la durée de production en tenant compte de la production actuelle et de la réserve estimée en 2PCX.
  • BPSR: 12 milliards de barils de réserves estimées par les autorités algériennes et reprises dans les statistiques du BP Review.
  • BPSR vs 1P: 287% c’est le ratio entre 1P et BPSR. C’est à dire que les autorité estime que les réserves ultimes sont de 4 fois que celles prouvées.
  • BPSR vs 2PC: 135% c’est le ratio entre 2PC et BPSR. C’est à dire que les autorité estime que les réserves ultimes sont de 1,5 fois que celles prouvées.

Il est clair que l’estimation de la production se situe dans une fourchette de 10 ans (au prix et à la technologie actuelle) à 34 ans (Une estimation optimiste et théorique). Cette projection ne tient pas compte de la croissance démographique et d’une consommation accrue.

Différentes valeurs associées aux différentes réserves pour un même gisement
Source-https://jancovici.com
SPE_2011_reserve_resource_classification
Cadre de classification des ressources
Source-https://www.spe.org

Dans la figure ci-dessus

OPEC_viable_rserves_incremental
Réserves de pétrole supplémentaires en fonction du prix du pétrole
Source-https://crudeoilpeak.info

Les graphiques ci-dessus montrent quelles quantités supplémentaires de réserves de pétrole pourraient être ajoutées à partir de chaque tranche de prix du pétrole.

Ce que l’on doit retenir des conclusions du rapport pour l’Europe

L’apathie européenne (ou manque de vigilance) à propos de son exposition au risque systémique de ses fournisseurs.

Ambiguïté entre les deux références (1P et 2P) à propos des cotations des réserves de pétroles prouvés et ainsi que les ratios réserves / production (R / P). Une mise en garde sérieuse est à prendre en compte selon le « The Oil Age« . La première (1P) est celle communiqué par les producteurs pays producteurs présentées dans les rapports publics (Pays et/ou Compagnies Nationales) et prise au premier degré par bon nombre de pays consommateurs. Celles-ci sont toujours en croissance continue. Par contre le P2, référence pour les réserves techniques auxquels se référent les pétroliers, est beaucoup plus circonspect, discret et mesuré. Les réserves prouvées et probable en hydrocarbure conventionnel est en phase de décroissance dans le graphe ci-dessous.

Le basculement ( surestimation ) que l’on observe à des 1990-2000 fait suite principalement aux «guerres des quotas» de l’OPEP des années 80, où le quota de production d’un pays dépendait en partie de ses réserves prouvées déclarées.

La méconnaissance ou l’ignorance des subtilités du P1 et du P2, induit bon nombre d’acteurs européens dans l’erreur à propos de la sécurisation de leurs approvisionnements.

L’Allemagne majoritairement dépendante de la Russie et la France de l’Algérie, deux pays pétrolier fournisseurs en déclin certains, se doivent d’hâter la transition énergétique. Le rapport du Shift Project ne laissent aucune autre alternative aux politiques européennes à ce sujet.

Le rapport conclue en trois points les incertitudes sur l’Algérie:
  • A ce jour, le pétrole brut produit en Algérie est issu de champs situés à terre. Cette production est en déclin de 25 % depuis 2007, lorsqu’elle représentait 510 millions de barils (1,4 Mb/j). Les découvertes cumulées ont faiblement augmenté depuis 2000 de 1,2 milliards de barils (+4,5 %) malgré une période de prix élevé du baril. La multiplication des mises en production de champs de taille tendanciellement décroissante se conjugue au fait que les deux-tiers des réserves restantes présentent un point mort estimé très élevé, supérieur à 100 $ par baril.
  • La quasi-totalité de la production à la date de 2020 provient de champs dont la date de découverte est antérieure à 2000. La production de ces champs devrait diminuer de près de 50% à 2030 et de 92% à 2050.
  • Résultat du taux élevé de déplétion des réserves (79 %) et des faibles perspectives de renouvellement, la production de pétrole brut de l’Algérie devrait poursuivre son déclin à un rythme comparable à celui observé depuis le pic de 2007, pour s’établir en 2030 38% en dessous du niveau de 2019 (0,7 Mb/j), et 65 % en dessous en 2050 (0,4 Mb/j).

Ce qu’il faut retenir pour l’Algérie, c’est son déclin dans son ensemble si elle persiste dans son paradigme économique actuel. Un plan d’extrême urgence pour sortir de la rente pétrolière et d’entamer dans les plus brefs délais sa transition énergétique.

L’ensemble du monde pointe le risque systémique très probable de l’Algérie pour son addiction à la rente pétrolière. Les déclarations et inquiétudes, en ce sens, de certains hauts responsables algériens, à l’instar de l’ex ministre de l’énergie M. ATTAR ou de son collègue du ministère de la transition énergétique et des énergies renouvelables M. CHITTOUR contraste avec le reste du « gouvernement ».

Nos sources:

Enjeux céréaliers Monde vs Algérie

Que se passera t-il si un jour, même avec des réserves de change suffisantes, l’Algérie ne peut plus acheter de blé. Non pas qu’on lui refuse de lui en vendre mais parce que les productions excédentaires des principaux fournisseurs mondiaux se seraient effondrées pour cause de dérèglement climatique ?

Imaginons un scénario extrême mais probable où l’Algérie ne pouvant plus importer de céréales pour divers causes (guerre, blocus, effondrement mondial du commerce, caisses vides et autre cygne noir) et qu’elle se contente de ce qu’elle a. Nous devons, dans une démarche spéculative et/ou prospectiviste, prêter attention à ce type de scénario. Du moins des conséquences de ce dernier pour l’Algérie.
Qui dit prospective, dit analyse du passée, des moyens du présent et des différents objectifs pour un horizon de temps moyen et de long terme.
Il nous faut mesurer nos réalisations historiques de production au regards, non seulement de nos capacités théoriques mais aussi des réalités des différents aires géographiques. Il est important d’évaluer le degré de dépendance de la sécurité alimentaire de l’Algérie vis à vis du reste du monde et des marges de manœuvre pour une forme d’indépendance.

De la dépendance à l‘autosuffisance

Premièrement, examinons et comparons une série d’indicateurs de pays et de régions géographiques différents. Indicateurs, sur une période significative de 1961 à 2019, qui sont la production, les surfaces emblavées et leur ratio : le rendement. Il va sans dire que le facteur pluviométrique y joue un rôle central. Il conditionne la limite supérieure du rendement.

Surface emblavée, production et rendement en l’Algérie
Source: https://www.fao.org/faostat
Surface emblavée, production et rendement au Maroc
Source: https://www.fao.org/faostat
Surface emblavée, production et rendement au Brésil
Source: https://www.fao.org/faostat

Dans la figure ci-dessus, à partir des année 2000 une net amélioration constantes des rendements de blé au Brésil. Elles passent de 30 à 55 q/h. Elles ont triplé depuis le début des années 60.

Surface emblavée, production et rendement en Égypte
Source: https://www.fao.org/faostat
Surface emblavée, production et rendement en Australie
Source: https://www.fao.org/faostat
Surface emblavée, production et rendement en France
Source: https://www.fao.org/faostat
Surface emblavée, production et rendement en Ukraine
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement comparatif entre l’Algérie et le Maroc
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement comparatif entre différentes régions du monde 1
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement comparatif entre différentes régions du monde 2
Source: https://www.fao.org/faostat

Rendement comparatif entre différentes niveau de développement 3
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement comparatif entre différentes régions du monde 4
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement comparatif entre différentes régions du monde 5
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement du blé par régions en Europe (1960-2000)
Source: https://www.fao.org/faostat
Rendement du blé par régions en Afrique (1960-2000)
Source: https://www.fao.org/faostat

Productions en quantité

Production de blé par régions en Afrique (1960-2000)
Source: https://www.fao.org/faostat

Superficies récoltés

Indices de production agricole par grandes filières (1960-2000)
Source: https://www.fao.org/faostat
Principaux producteurs mondiaux (1960-2000)
Source: https://www.fao.org/faostat
Production mondiale de blé par continents (1960-2000)
Source: https://ww

Résilience et sécurité alimentaire

(Article en cours)

Un vieux adage dit: Trois repas sépare une société du chaos ». Nul doute qu’au jour suivant, s’il n’y a rien au petit déjeuner, un effondrement serait plus que probable.

Système alimentaire

Nous vous proposons pour aborder ce sujet, une approche systémique, en partant des composants principaux, l’analyse des détails pour chacun d’eux afin de comprendre leurs interdépendances et enfin en s’inspirant des modèles de World3 – à l’aide du logiciel Vinsim©1 – une simulation en plusieurs scenarios chiffrés. Effectivement plusieurs trajectoires s’offrent à nous en fonctions des différents paramètres ou hypothèses d’entrées adaptés au cas algérien.

Dans l’image introductif à l’article qui se veut synthétique du système alimentaire, il nous manque quelques éléments pour illustrer le sujet de l’article. Notre préoccupation est bien celui, d’une part, de la sécurité alimentaire ou souveraineté alimentaire dans un cadre national et d’autre part sa résilience aux chocs à venir au vue du bouleversement climatique, de la dégradation de l’environnement (conditions de production) et l’accroissement démographique. Notre indépendance alimentaire en dépend.

Une approche simplifié de l’économie veut que l’on compare, par le biais du marché, la Production de la Consommation.

Cas simplifié du système

Il y a nécessité d’un élément vecteur qui est le Transport & la Logistique. Celui-ci sera récurrent pour bon nombre d’interaction. Un paramètre a tenir en compte aussi est la Perte qui se produit à chaque étape. Ce taux est aussi important que le souci de la Productivité.

Mais il faut un support pour assurer répondre à l’optimum aux besoins de la Consommation. La Distribution (ou circuit de distribution).

Nous étoffer notre système, par les Intrants (Engrais, irrigation, pluviométrie, pesticides, etc..) facteur de Production. La Transformation (agro-alimentaire & agro-industrie), étape pour une très grande partie des volumes de Production. Les Déchets (peuvent être recyclés et qui posent La délicate question du retour des nutriments à la terre) sont le résidus de la Consommation.

Les Politiques agricoles & foncières déterminent le niveau des Intrants, la planification et l’organisation des Production. Elles stimulent et/ou normalisent le secteur de la Transformation. De même pour le secteur Transport & Logistique.

Les Politiques commerciales, sont en charge d’organiser et d’encadrer le volet Distribution. D’orienter les choix des consommateurs donc du niveau et qualité de la Consommation. Elles se doit d’établir un équilibre en le niveau des Exportations et celui des Importations. Le ration de couverture des importations par les exportations détermine le niveau d’indépendance alimentaire.

Il est important de bien comprendre et saisir l’interdépendance des différentes variables. Le cadre défini ci-dessus est général à toute situation quelque soit le pays ou l’ensemble régional.

Résilience alimentaire

Par “résilience alimentaire“, le Conseil National pour la Résilience Alimentaire entend « la capacité, dans le temps, d’un système alimentaire à procurer à tous une alimentation suffisante, adaptée et accessible, face à des perturbations variées et même imprévues »2.

La résilience d’un territoire peut être définie comme « sa capacité à absorber les perturbations et à apprendre des crises pour faire évoluer sa structure afin de garantir, sur le long terme, la satisfaction des besoins essentiels de sa population, ainsi que sa cohésion sociale, son identité et sa capacité de gouvernance ».

Nous retiendrons, les principales thématiques ci-dessous, comme composantes de la résilience alimentaire:

L’adéquation entre production agricole et besoins alimentaires:

Implique une adéquation de la production aux besoins en quantité et en qualité. La Consommation ne peut-être là que pour les débouchés de la Production. C’est à dernière de s’adapter à la première. De trop nombreux pays ont donné une dimension internationale (Exportations) de leurs stratégies agricoles au détriment du réel besoin de sa population.

La population agricole:

Elle comprend la taille et la composition de la main-d’œuvre agricole. La productivité du secteur, les défis potentiels tels que les pénuries de main-d’œuvre ou les opportunités d’emploi pour les communautés rurales.

La politique foncière:

Menée par une région ou un pays, elle peut avoir un impact profond sur les pratiques agricoles et la sécurité alimentaire. Il est essentiel d’évaluer l’efficacité des politiques foncières pour promouvoir une utilisation durable des terres, conserver les ressources naturelles et soutenir un accès équitable à la terre. Elle permet un investissement sur le long terme de la population agricole. Elle se doit être inclusive pour ces celle-ci.

Les pratiques agricoles:

Il est crucial d’analyser les techniques et les méthodes employées par les agriculteurs. Cela comprend l’étude des pratiques agricoles traditionnelles et modernes, ainsi que leur impact sur l’environnement, la biodiversité et la durabilité à long terme du secteur agricole. L’implication des structures publiques ou privées dans la formation et l’assistance aux agriculture est à questionner.

La distribution en circuit court:

Le développement de chaînes d’approvisionnement alimentaires locales et courtes est au centre d’un rééquilibrage des circuits de distribution. L’efficacité des réseaux de distribution qui relient directement les producteurs aux consommateurs, tels que les marchés de producteurs ou l’agriculture soutenue par la communauté, peut et doit soutenir les économies locales et promouvoir des choix alimentaires plus sains et plus durables. Les circuits courts sont moins énergivores, plus robustes et contribuent fortement à la résilience.

La présence d’outils de transformation:

En outre, l’accès aux outils et aux infrastructures pour la transformation et la transformation des aliments est déterminant pour ajouter de la valeur aux produits agricoles et soutenir les économies rurales. La disponibilité, la maîtrise et l’efficacité des installations de transformation, telles que les usines, les conserveries ou les centres de transformation des produits laitiers, peut et doit mettre en lumière la diversité et la compétitivité du secteur agricole.

Les projets alimentaires des territoires régionaux et locaux:

Une mise en œuvre d’initiatives et de programmes liés à l’alimentation au niveau régional ou local, tels que des Projets Territoriaux Alimentaires Concertés (PATC), devrait jouer un rôle central dans l’élaboration de systèmes alimentaires durables et résilients. Rassembler diverses parties prenantes, notamment des producteurs, des consommateurs et des autorités locales, pour développer collectivement des stratégies et des actions visant à promouvoir la production et la consommation alimentaires locales et à réduire les impacts environnementaux. Cela engage la nation dans un paradigme nouveau de la gouvernance. Elle demande une démocratie, une très forte implication de la participation citoyenne, des élus des échelons locaux aux décisions qui engagent le devenir de ses population. L’appareil bureaucratique centralisé est contre-productif à cette approche.

Facteurs de la résilience:

Un certain nombre de facteurs renforcent ou affaiblissent la résilience. Une analyse plus précise de celle-ci, dans un cadre systémique, est un préalable pour aborder le sujet. Rappelons les objectifs premiers d’un système alimentaire. Faisant notre, la déclaration de la FAO à propos de la sécurité alimentaire:

« La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active »

(Sommet mondial de l’alimentation en 1996)

La résilience alimentaire, intègre ses objectifs, en y joignant la celui de la pérennité de cette satisfaction par la protection des moyens de production et de soutenabilité.

Examinons, ces principaux facteurs:

MindMap de l’auteur tiré du rapport « Qui veille au grain » – K. TRAIKIA 2023
Quelle est la vulnérabilité du système:

Quels sont les obstacles à surmonter:

Qu’est-ce les capacités:

Quelles sont les transformations à mettre en œuvre:

Simulation Vensim©

Vinsim – World3 – Vue Production alimentaire

Vinsim – World3 – Vue Productivité agricole

Vinsim – World3 – Vue Développement des terres, Pertes et Fertilité

Scénarios algériens

Liens utiles:
  1. https://vensim.com/ ↩︎
  2. https://valsendo.com/resilience-alimentaire-de-quoi-parle-t-on/ ↩︎

«Nous devons tenir compte du facteur de disponibilité limitatif»


Entretien réalisé par Mehdi BSIKRI, le 11 janvier 2014 avec le Professeur MEDDI est enseignant chercheur à l’École Supérieure Hydraulique de Soumaa ((Blida).

-Quels sont les défis que doit relever l’Algérie en matière de ressources en eau ?

Notre pays, à l’instar des pays méditerranéens, vit depuis les années 1970 une réduction des apports atmosphériques, qui constituent la première ressource en eau des pays du Maghreb. Tous les scénarios développés jusqu’à maintenant sont pessimistes et prédisent une réduction des eaux souterraines ainsi que de la pluviométrie. Les programmes de construction de barrages pour emmagasiner ces eaux de précipitations constituent un outil intéressant pour accroître les réserves en eau. Mais il y a d’autres aspects. Il faut trouver les sites nécessaires pour concevoir ces barrages. Dans la région ouest par exemple, on n’arrive plus à en trouver. Ces barrages coûtent très cher.

Une fois réalisés, nous constatons qu’il y a un problème d’envasement important. Cela constitue un handicap, puisque la capacité de stockage de ces barrages est réduite. Ainsi, il faut penser en parallèle à la construction des barrages, le stockage de ces eaux superficielles dans les sous-sols, et aux projets de recharge des nappes. L’Algérie a déjà eu un programme ambitieux pour la construction de retenues collinaires, avec la volonté d’en réaliser 1000 retenues. Mais le projet a été un échec, parce que les normes de construction n’ont pas été respectées. Les stations de dessalement de l’eau peuvent constituer un apport supplémentaire pour combler un manque.

Un autre phénomène persiste également. Il s’agit de la pollution des nappes due à la réduction du niveau des nappes côtières et l’altération de la qualité de ces eaux par les nappes marines. Ce qui a abouti à l’invasion des eaux salées. Il y a par ailleurs les rejets directs dans la nature des eaux usées industrielles et domestiques. En outre, des produits fertilisants, employés excessivement par les agriculteurs, engendrent  la pollution des eaux superficielles et souterraines.

-Quelles sont les raisons de l’échec concernant le programme de construction de 1000 retenues collinaires ?

Les programmes ambitieux dans la construction des ouvrages hydrauliques doivent être lancés en collaboration avec les chercheurs, car ils peuvent aider et proposer des solutions plus adéquates que les bureaux d’études. Ces derniers font de l’ingénierie seulement. Les chercheurs étudient les impacts qui peuvent avoir lieu suite à la réalisation de ces ouvrages. Une infrastructure modifie tout un environnement climatique, hydrologique, hydrogéologique et hydraulique. Les consultations des chercheurs permettent d’éviter les fiascos économiques, car tous les scénarios sont mis en relief.

-Quelles sont les capacités des eaux souterraines ?

Les chiffres exacts du volume des eaux souterraines, avancés par le ministère des Ressources en eau, sont plus importants dans le Sud que dans le Nord. Mais je préfère parler des eaux avec philosophie et pas avec les chiffres, qui parfois cachent d’autres intentions. Le vrai problème qui se pose est la difficulté de renouvellement des nappes phréatiques, dans la partie nord du pays, et l’impossibilité de renouveler ces eaux dans le Sud, car ce sont des nappes fossiles, accumulées sur des milliers d’années.Depuis les années 1970, le nombre de forages, notamment dans les régions fertiles, a augmenté pour satisfaire la demande. Conjuguées à la réduction de la pluviométrie, les nappes sont surexploitées. Des répercussions négatives ont eu lieu en termes quantitatif et qualificatif.

-Quel sera l’impact de l’utilisation de la fracturation hydraulique une fois l’exploitation de gaz de schiste lancée ?

Il faut tout simplement se diriger vers les laboratoires de recherche et les chercheurs pour connaître les scénarios; en France et aux USA, les opposants à l’exploitation au gaz de schiste sont plus nombreux que ceux qui sont pour.

-Que préconisez-vous pour le secteur ?

Il est à préconiser la construction de logements collectifs ou individuels munis de système de récupération d’eaux de pluie. Dans les pays développés, c’est fait dans un sens économique, pour réduire la facture. Les gens doivent prendre conscience du coût et de la valeur de l’or bleu. Il y a trop de gaspillage d’eau en Algérie. Il faut à la fois sensibiliser et en parallèle mettre en place des dispositifs de dissuasion pour ceux qui gaspillent. Il faut permettre aux couches vulnérables d’accéder à l’eau, mais en même temps à travers la facture, combattre le gaspillage. Sensibiliser via les médias lourds, la presse écrite, l’école, pour dire que cette eau est précieuse. Il faut par ailleurs intervenir sur l’ensemble du réseau pour diminuer les fuites, qui sont énormes.

Les réseaux doivent être rénovés et mettre en place des services compétents pour combattre les fuites. En outre, il faut penser à traiter les eaux usées pour les utiliser pour l’irrigation, l’arrosage et pourquoi pas le rechargement des nappes qui se vident. Si on arrive à récupérer 70% des eaux rejetées dans les circuits, c’est déjà un effort considérable. Il faut se focaliser par ailleurs sur l’équilibre régional. Les régions qui ont des capacités limitées en eau ne doivent pas recevoir une population dont la demande serait supérieure à l’offre. C’est un point essentiel à étudier avant de développer les villes. Nous devons tenir compte du facteur de disponibilité limitatif. Si cette demande devient exagérée, il faudra ramener de l’eau d’autres régions, cela coûtera très cher.

source 1: urlr.me/yCQ5M

source2:  urlr.me/yVcBj

L’Algérie face à la hantise d’une pénurie d’eau

Par Arezki Saïd

Mis à jour le 29 mars 2021

Une station de traitement d’eau potable de Boudouaou (Alger).

Les pluies ayant été exceptionnellement rares cette année, l’Algérie voit l’été arriver avec la hantise d’une pénurie d’eau à l’échelle nationale. Explications.

« De ma vie je ne me souviens avoir connu un hiver aussi sec et aussi doux. Dans le temps, il nous arrivait d’être bloqués par la neige pendant 15 jours sans pouvoir sortir de la maison », affirme Dda Hmed, solide montagnard de 85 ans issu d’un village du Djurdjura en Kabylie. Comme lui, les vieux paysans des alentours ont beau fouiner dans leur mémoire, ils ne trouvent rien de semblable à ces étouffants vents de sable qui remontent du sud et qui font rougeoyer le ciel des jours durant.

À LIRE Le monde arabe en stress hydrique

Un ciel avare de pluies et des hivers de plus en plus tempérés dans la région ont une conséquence directe : les barrages et retenues du centre et de l’ouest du pays sont à un niveau alarmant et une vingtaine de wilayas sont d’ores et déjà en état de stress hydrique. L’Algérie est à l’orée dune crise de l’eau inédite dans son histoire. « Nous cumulons les déficits en matière de pluviométrie. Les deux dernières années hydrologiques ont été toutes deux déficitaire de 30 % », révèle Malek Abdesselam, docteur en hydrogéologie qui tient un relevé rigoureux et quotidien des précipitations à l’échelle nationale.

Selon l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), en moyenne nationale, le taux de remplissage des barrages est de 44 % seulement alors que la période hivernale touche à sa fin. Les 80 barrages actuellement en exploitation fournissent 7,7 milliards de m³ à l’ensemble du pays, le potentiel national global en ressources hydriques ne dépassant pas 23,2 milliards de m³ par an.

Sécurité hydrique menacée

L’Algérie est un pays au climat semi-aride dont la majeure partie du territoire est désertique. Elle ne compte ni grands fleuves ni montagnes enneigées en grand nombre. Les besoins du pays en eau, tous secteurs confondus, ne cessent d’augmenter alors que l’offre est limitée. Toujours selon Malek Abdesselam, depuis l’indépendance du pays, si le nombre de la population a été multiplié par 4,5, la consommation d’eau l’a été par 40.

Maroc : quand les origines du stress hydrique font débat

Et les signaux d’alarme retentissent depuis plusieurs années. D’après le classement de 2019 établi par l’organisation World Ressources Institute, l’Algérie est le 29e pays le plus touché par la sécheresse. Une étude publiée par l’Institut de prospective économique en Méditerranée (Ipemed) en 2013 indiquait déjà que l’Algérie comptait parmi les pays les plus exposés à un stress hydrique à long terme sur le pourtour méditerranéen. L’étude pointait notamment les vulnérabilités des potentialités hydriques du pays et soulignait que la croissance démographique, la raréfaction des ressources hydriques et les changements climatiques faisaient craindre une pénurie d’eau. Aujourd’hui, la sécurité hydrique du pays est clairement menacée.

Le dessalement, solution-miracle ?

Pour faire face à la situation, les options des autorités ne sont guère nombreuses. Le ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, a affiché la volonté de l’État de renforcer le dispositif de dessalement de l’eau de mer. L’objectif et de porter les capacités nationales, qui sont actuellement de 561 millions de m³ par an, à deux milliards de m³ à l’horizon 2024.

Le 22 mars 2021, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de l’eau, une réunion a rassemblé le ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, le ministre des Énergies et des mines, Mohamed Arkab, le PDG de l’Algerian Energy Company (AEC), Abdennour Kimouche, ainsi que le directeur général de l’Algérienne des eaux (ADE), Smaïl Amirouche, afin d’examiner les voies de renforcement des capacités nationales de dessalement d’eau de mer.

Mustapha Kamel Mihoubi, le ministre des Énergies et des mines.

À LIRE [Tribune] Les mégalopoles sont-elles prêtes au défi de l’accès à l’eau potable ?

L’Agence de presse nationale (APS) s’en est fait l’écho et indique qu’en plus des onze unités de dessalement actuellement en service dans neuf wilayas côtières, il a été décidé le lancement de plusieurs nouveaux projets d’unités de dessalement. Notamment à Alger et ses environs, précisément à Zeralda, Aïn Benian, Palm Beach et Bou Ismail pour alimenter une capitale dont les besoins en eau sont toujours plus importants à mesure que la population croît. Pourtant, plusieurs spécialistes ont remis en cause la stratégie gouvernementale de l’option du dessalement de l’eau de mer, réputée très énergivore.

Lutte contre le gaspillage

Le gouvernement entend aussi s’attaquer au chantier des eaux épurées dont le volume est estimé aujourd’hui à 450 millions de m³ par an pour être porté à deux milliards de m³ par an à l’horizon 2030. L’Algérie, qui compte quelque 200 stations d’épuration des eaux usées, réparties sur le territoire national, entend également lancer plusieurs nouveaux projets dans ce domaine. Ces nouvelles infrastructures viendront appuyer celles livrées par l’ADE en 2020, à savoir, plus de 100 stations de traitement d’eau, 20 stations de déminéralisation et 13 stations monobloc de dessalement de l’eau de mer, révèle encore l’APS.

À LIRE Tunisie : les pénuries d’eau déclenchent une vague de colère

À l’occasion toujours de la Journée internationale de l’eau, l’ADE a annoncé le lancement d’un programme national baptisé « Eco’Eau 2021 » dont le but est de lutter contre toutes les formes de gaspillage d’eau. Une campagne de lutte contre les raccordements illicites et les fuites d’eau va ainsi être lancée à compter du 1er avril.

Dans un récent entretien à la radio nationale, le directeur général de l’ADE n’écartait pas l’hypothèse d’un rationnement d’un jour sur deux, après le ramadan, durant la période estivale, si le remplissage des barrages devait rester insuffisant.

Dessalement de l’eau de mer, épuration des eaux usées, rationalisation de la consommation nationale, exploitation des nappes aquifères du Sahara… 

L’Algérie doit trouver des alternatives fiables  pour faire face à une crise de l’eau qui ne fera que s’accentuer avec l’arrivée de l’été et des grandes chaleurs.

source: Jeune Afrique

Eau douce : négligence, gaspillage et improductivité

النص بالعربية في الاسف

L’eau qu’appellent désormais les scientifiques  » l’Or bleu » en référence à sa rareté progressive un peu partout dans le monde.

Il est utile de rappeler que nous enregistrons un déclin des ressources en eau dans le nord algérien en raison de l’évolution démographique et de la surexploitation des nappes phréatiques. Alors que l’OMS qualifie une quantité inférieure à 1600 m3/habitant de « stress hydrique », notre moyenne au nord de l’Algérie est de 490 m3/habitant, celle de l’« urgence absolue ». [à ne pas confondre stress hydrique et sécheresse].

D’après l’ONU (2016), bien que les pluies régressent, cette situation n’est pas due à l’absence de l’eau en soit mais surtout à la très mauvaise gestion des ressources. Une situation qui concorde avec le bilan catastrophique dressé par le Ministère concerné (2017) :
➖Perte abyssale dans de l’acheminement de l’eau à cause d’un réseau de distribution défaillant (canaux et conduites délabrés), qui nous coûte 1 Milliard M3/an perdu soit 30% des ressources hydriques ;
➖Détournement de l’eau « potable » par les personnes physiques et morales est estimé à 3 Millions M3/jour, soit 15% de la production nationale volée et donc non payée ;
➖Gaspillage dans la consommation quotidienne : un ménage algérien prodigue, en moyenne, 60 litres/jour (mauvaises habitudes des tâches domestiques : vaisselles, lessives, douches, lavage voitures, …).
➖Points d’eau de source non protégés et non itinérés,
➖Insuffisance de barrages pour optimiser les pluies,
➖Très faible investissement en épuration et absence de dispositifs de traitement des eaux usés,
➖Utilisation des nappes aquifères pour des projets de BTP,
➖Systèmes d’irrigation révolus etc.

Il faut reconnaître que nous n’avons pas accorder de valeur à l’eau. Le M3 dédié à l’irrigation coûte 2.5DA, ce qui nous désincite indirectement à recourir à une irrigation rationnelle (voir #texte4). Alors qu’une utilisation optimale de cette quantité peut produire jusqu’à 2,5Kg de fraises, 4,5Kg de pommes de terre ou de tomates ou bien 45Kg de pastèques par exemple (cf. B. Mouhouche). Idem pour l’eau potable dont le coût de production est 50DA mais le prix final est cédé à 6.5DA, soit une subvention à hauteur de 82%. De telle façon, le consommateur ne fera pas d’effort pour réduire le gaspillage car le coût du surplus d’eau n’est pas dissuasif.

Cependant, notre désert, encore une fois, détient la plus grande nappe aquifère du monde, appelée « Albien ». Elle s’étend sur 600 000 Km² d’Adrar à la frontière tuniso-libyenne avec une capacité de 50 000 Milliards m3. Mais cette nappe a des caractéristiques particulières : l’eau est très chaude (55 à 65 degrés) et légèrement salée (2,5 grammes/litre). [notre ami Youcef, ingénieur en énergie, nous affirme que la haute température de cette eau est un grand potentiel pour l’énergie thermique et aussi exploitable pour l’agriculture une fois refroidie]. La régénération de cette nappe est tout de même à hauteur de de 1,4 Km3, soit l’équivalent de 40% des quantités prélevées (Geophysical Research Letters, 2013). Il y avait même des années où le renouvellement a pu atteindre les 4 Km3 (IRD, 2014). Vous imaginez ce que nous pouvons faire en matière d’agriculture saharienne 🌴? Mais nous avons préféré lancer des explorations de gaz de schiste 🧨🕳 sur cette nappe qui peuvent endommager l’ensemble de cette richesse.
C’est pourquoi il faut absolument inscrire la protection de ce patrimoine naturel dans la constitution de transition et même après dans la constitution finale de l’Assemblée nationale constituante🎓📖. De plus, comme la géographie de l’Albien s’étend également sur la Tunisie (10%) et la Libye (20%), cette dernière surexploite massivement la zone disponible sur son territoire et ceci depuis 1991(Observatoire du Sahara et du Sahel). Cette situation est qualifiée en économie de « bien commun naturel à faible excluabilité et à forte rivalité », c’est-à-dire qu’on aura du mal à imposer un rythme d’exploitation aux pays ayant accès à cette nappe. Les autorités algériennes doivent trouver une solution à cette problématique en commençant par mesurer les quantités disponibles sur les trois territoires respectifs et instaurer des quotas d’extraction.

Eu égard à l’augmentation de la démographie, l’eau rencontre deux autres problèmes majeurs qui sont le changement climatique qui perturbe les régularités des pluies engendrant des sécheresses plus importantes, et l’extension de l’urbanisation non planifiée. C’est pourquoi nous devons indispensablement programmer la gouvernance des ressources hydriques pour notre vie quotidienne et l’avenir de notre économie :

🔹Favoriser les projets de dessalement des eaux de mer par osmose inverse et par technologie thermique (et surtout éventuellement grâce à l’énergie solaire abondante en Algérie) ;
🔹Utiliser des matériaux plus écologiques pour la construction afin de consommer moins d’eau et réduire les « îlots de chaleur » (ex. plus de bois et de verre et moins de béton) ;
🔹Adapter les architectures des constructions pour récupérer les eaux de pluies (ex. installation des circuits vers les chasses-d ’eau. Pour information, la chasse d’eau consomme 30 à 36% de l’eau d’un ménage, pour chaque tirage = 9 litres d’eau) ;
🔹Installer des boutons poussoirs au lieu de robinets classiques (économie de 25% de l’eau utilisée) ;
🔹Isoler les jets de déchets néfastes (ex. canalisation pour les liquides chimiques à usage domestique) afin de faciliter le traitement des eaux usées ;
🔹Mettre en place des « bonus-malus » pour la consommation de l’eau des ménages et des entreprises ;
🔹Revoir les systèmes d’irrigation car l’agriculture absorbe 19% des eaux consommées (texte suivant).

🔴 Si je m’étais étalé sur la question de l’eau c’est parce que la situation est dramatique et surtout marginalisée en Algérie. Peut-être cette perspective comparative de l’OMS avancée en guise de conclusion nous aidera à prendre conscience des choses ⚠️ :

3 Milliards d’êtres humains n’ont pas d’eau domestique, 2,5 Milliards de personnes utilisent des points d’eau contaminés par des matières fécales, et il y a 4 millions de morts chaque année à cause de l’eau ; entre maladies transmissibles hydriques et inondations. Et à ce rythme d’ici 2025 la moitié de la planète entrera dans un stress hydrique. Ne passons pas à côté d’une vraie politique de l’eau, de constitutionnaliser sa rationalisation, et ce ne sont pas les compétences qui manquent à ce sujet (cf. L. Goumiri & M. Kertous).

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« #المياه: الإهمال ، الهدر وعدم الإنتاجية »

يجدر بنا أن نتذكر أننا نشهد انخفاضًا في موارد المياه في شمال الجزائر بسبب التغيرات الديموغرافية والإفراط في استغلال المياه الجوفية. في حين أن منظمة الصحة العالمية مؤهلة للحصول على كمية تقل عن 1600 م 3 / لسكان « الإجهاد المائي » ، فإن متوسطنا في شمال الجزائر هو 490 م 3 / ساكن ، أي « إلحاح مطلق ». [يجب عدم الخلط بين الإجهاد المائي والجفاف].

وفقًا للأمم المتحدة (2016) ، على الرغم من أن الأمطار تتناقص ، فإن هذا الوضع لا يرجع إلى نقص المياه في حد ذاته ولكن بشكل خاص إلى الإدارة السيئة للغاية للموارد. موقف يتوافق مع السجل الكارثي الذي وضعته الوزارة المعنية (2017):
➖ فقدان السحيقة في نقل المياه بسبب شبكة التوزيع المعيبة (القنوات والأنابيب المتهدمة) ، والتي تكلفنا مليار متر مكعب في السنة أو 30 في المائة من موارد المياه ؛
تقدر نسبة « تشرب » مياه الشرب من قبل الأشخاص الطبيعيين والاعتباريين بنحو 3 ملايين متر مكعب في اليوم ، أي 15٪ من الإنتاج الوطني المسروق وبالتالي لم يتم دفعه
➖ تألق في الاستهلاك اليومي: أسرة فخمة الجزائرية ، في المتوسط ​​، 60 لترا في اليوم (العادات السيئة للمهام المنزلية: الأواني الفخارية والمنظفات ، والاستحمام ، وغسيل السيارات ، …).
➖نقاط مياه الينابيع غير المحمية وغير المرتبطة ،
➖السدود غير كافية لتحسين هطول الأمطار ،
➖انخفاض الاستثمار في تنقية وغياب أجهزة معالجة مياه الصرف الصحي ،
➖باستخدام طبقات المياه الجوفية لمشاريع البناء ،
أنظمة الري السريعة

يجب أن ندرك أننا لا نقدر قيمة المياه. تكلفة م3 المخصصة للري 2.5DA ، والتي تثبط بشكل غير مباشر لنا اللجوء إلى الري الرشيد (انظر #النص4). في حين أن الاستخدام الأمثل لهذه الكمية يمكن أن ينتج ما يصل إلى 2.5 كجم من الفراولة ، أو 4.5 كجم من البطاطا أو الطماطم أو 45 كجم من البطيخ على سبيل المثال (انظر B. Mouhouche). كما سبق بالنسبة لمياه الشرب التي تبلغ تكلفة إنتاجها 50DA ، لكن السعر النهائي يتم تحويله إلى 6.5DA ، بمنحة قدرها 82 ٪. بهذه الطريقة ، لن يبذل المستهلك أي جهد لتقليل الفاقد لأن تكلفة فائض المياه ليست غالية.

ومع ذلك ، فإن صحارئنا ، مرة أخرى ، تملك أكبر طبقة مياه جوفية في العالم ، تسمى « ألبين ». تبلغ مساحتها 600 ألف كيلومتر مربع من أدرار على الحدود التونسية الليبية بطاقة 50،000 مليار متر مكعب. لكن هذا المائدة له خصائص خاصة: إنه ساخن جدًا (55 إلى 65 درجة) وهو أيضًا مالح قليلاً (2.5 جرام / لتر). يصل تجديده إلى 1.4 كيلومتر مكعب ، أي ما يعادل 40٪ من الكميات التي تم أخذ عينات منها (Geophysical Research Letters ، 2013). كانت هناك سنوات حتى التجديد يمكن أن تصل إلى 4 كم 3 (IRD ، 2014). هل يمكنك أن تتخيل ما يمكننا القيام به فيما يتعلق بالزراعة الصحراوية؟ لكننا فضلنا إطلاق عمليات استكشاف للغاز الصخري على هذا الجدول والتي يمكن أن تلحق الضرر بكل هذه الثروة.
هذا هو السبب في أنه من الضروري إدراج حماية هذا التراث الطبيعي في الدستور الانتقالي وحتى في وقت لاحق في الدستور النهائي للجمعية الوطنية التأسيسية. علاوة على ذلك ، بما أن جغرافية الألبان تمتد أيضًا إلى تونس (10٪) وليبيا (20٪) ، فإن هذه الأخيرة تستغل بشكل كبير المنطقة المتاحة على أراضيها وهذا منذ عام 1991 (مرصد الصحراء والساحل. ). يعتبر هذا الوضع في الاقتصاد « سلعة طبيعية مشتركة مع تفرد منخفض وتنافس قوي » ، بمعنى أنه سيكون من الصعب فرض معدل استغلال على الدول التي لديها إمكانية الوصول إلى هذه المياه الجوفية. يجب على السلطات الجزائرية إيجاد حل لهذه المشكلة عن طريق البدء بقياس الكميات المتاحة في الأقاليم الثلاثة المعنية وإدخال حصص استخراج.

في ضوء الزيادة في التركيبة السكانية ، تواجه المياه مشكلتين رئيسيتين أخريين ، وهما تغير المناخ ، الذي يعطل أنماط هطول الأمطار التي تؤدي إلى حدوث المزيد من الجفاف ، وتوسيع نطاق التوسع الحضري غير المخطط له. هذا هو السبب في أننا يجب أن نبرمج تسيرمحكم للموارد المائية لحياتنا اليومية ومستقبل اقتصادنا:

الاستثمار بمشاريع تحلية مياه البحر عن طريق التناضح العكسي والتكنولوجيا الحرارية (وخاصة ربما بفضل الطاقة الشمسية الوفيرة في الجزائر) ؛
🔹استخدام مواد صديقة للبيئة للبناء لاستهلاك كميات أقل من المياه وتقليل « الجزر الحرارية » (على سبيل المثال المزيد من الخشب والزجاج وأقل ملموسة) ؛
🔹تكييف هياكل البناء لاستعادة مياه الأمطار (مثل تركيب الدوائر على صهاريج التنظيف) للحصول على معلومات ، يستهلك التنظيف ما بين 30 إلى 36٪ من مياه الأسرة ، لكل السحب = 9 لترات من الماء) ؛
🔹 بتثبيت أزرار الدفع بدلاً من الحنفيات التقليدية (وفر 25٪ من المياه المستخدمة) ؛
🔹 نفثات عازلة من النفايات الضارة (مثل خط أنابيب للسوائل الكيميائية المنزلية) لتسهيل معالجة مياه الصرف ؛
🔹 « وضع » عقوبات إضافية « لاستهلاك المياه من قبل الأسر والشركات.
🔹أنظمة الري لأن الزراعة تمتص 19 ٪ من المياه المستهلكة (النص التالي).

🔴 إذا كنت قد ألطت حول مشكلة المياه فذلك لأن الوضع مأساوي ومهمش بشكل خاص في الجزائر. ربما سيساعدنا هذا المنظور المقارن لمنظمة الصحة العالمية كخاتمة على إدراك الأشياء:

3 مليارات شخص ليس لديهم مياه منزلية ، 2.5 مليار شخص يستخدمون نقاط المياه الملوثة بالبراز ، وهناك 4 ملايين حالة وفاة كل عام بسبب المياه ؛ بين الأمراض المنقولة عن طريق المياه والفيضانات. وبهذا المعدل بحلول عام 2025 ، سوف يدخل نصف الكوكب إلى الإجهاد المائي. لا تفوت أي سياسة حقيقية للمياه ، بل أضف إلى ترشيدها وترشيدها ، وليست المهارات التي تفتقر إليها في هذا الموضوع (انظر L. Goumiri & M. Kertous).

Hichem Rouibah

Sources:

Pourquoi l’Algérie n’a pas assuré sa sécurité alimentaire?

La question de souveraineté alimentaire pèse toujours autant, si ce n’est plus, sur la sécurité alimentaire. La préoccupation a pris une ampleur des plus vitales avec l’amenuisement de la rente pétrolière pour causes de déplétion géologique, d’une consommation interne croissante et d’un prix de pétrole divisé par deux depuis 2014. Nous vous proposons un entretien – prémonitoire et toujours d’actualité – réalisé par Mehdi Bsikri avec Benadjila Sofiane, Ingénieur agronome, publié le 25 décembre 2014 dans le journal El-Watan.

-Vous considérez l’Algérie comme un pays qui risque une crise alimentaire. Pourquoi ?

Si on considère la facture des produits alimentaires sans cesse croissante, et tenant compte de la diminution des recettes des hydrocarbures (effets cumulés : diminution de la production et des prix) qui nous permet d’acheter de quoi manger, la réponse sera affirmative. De tous les pays du Maghreb, nous sommes le seul à ne pas avoir assuré notre sécurité alimentaire, malgré l’avantage de la rente pétrolière. Il se trouve que nous ne sommes pas capables de nous auto-suffire en produits de base qui menacent directement notre survie. Si on ne considère que quatre éléments vitaux, céréales, lait, légumes secs et pomme de terre, nous voyons que nous sommes fortement tributaires de l’étranger.

On estime, bon an, mal an, entre 25 et 50%  notre degré d’autosuffisance, qu’il faut fortement nuancer, puisque la production locale dépend aussi des importations en amont du secteur agricole et parfois en aval. On en arrive à dire que pratiquement qu’avec zéro importation, nous aurons zéro production. Il n’y a quasiment rien que l’on puisse produire sans avoir importé pour cet effet.
La raison directe serait que nous avons une agriculture peu performante, l’Algérie serait parmi les trois pays africains qui auraient le moins développé le secteur agricole. Mais la cause est certainement liée au fait qu’il n’y a jamais eu de stratégie de développement cohérente.

-Vous affirmez que la plupart des semences sont importées. Comment inverser la tendance ?

Je n’affirme rien du tout, ce sont les chiffres qui parlent et la réalité qui le dit. Il y a plus de trente ans que des scientifiques algériens ont commencé à alerter sur la perte des semences locales, une érosion génétique, une perte d’une partie du patrimoine culturel, et une perte de la diversité biologique. Produire de la semence (des plants fruitiers, races locales) de qualité capable de répondre à un maximum d’exigences (technique, économique, alimentaires…), et à grande échelle, est certainement l’une des choses les plus délicates et pointues à réaliser.

L’industrie semencière exige un niveau de technicité élevé et une spécialisation de tous les partenaires, du chercheur à l’agriculteur, et de toutes les structures qui les soutiennent. Ce qui implique une véritable professionnalisation de la filière dans une construction d’une géographie agricole du pays, c’est-à-dire en tenant compte des vocations régionales. La démarche basique dans l’état actuel serait de collecter le maximum de ce qui reste comme semences à travers le territoire, constituer des banques de gènes, et travailler sur leur amélioration et leur multiplication. Dans le monde animal, on introduit aussi des races qui dégradent nos races locales, au risque de les perdre par des hybridations et la dissémination anarchiques.

-Le lancement de projets agricoles nécessite des ressources humaines. Que proposez-vous pour répondre à cette demande ?

A partir du moment où le concepteur et l’animateur, de tout développement, sont l’homme, il devient évident que le facteur humain soit capital. Comme pour tous les secteurs, dans le monde agricole, on assiste à une perte du savoir-faire et une diminution du capital humain. L’agriculture n’est pas épargnée, à tous les niveaux une carence flagrante en compétences existe. Et nous sommes d’accord sur le fait que l’homme de ces derniers siècles a assuré sa sécurité alimentaire grâce au progrès de la science. Actuellement, la formation universitaire n’est pas en mesure de concevoir des hommes de métier capables de porter des projets durables. Les programmes universitaires sont encore ceux qui existaient durant la période coloniale.

A cela, il faut ajouter que les cours sont censés être dispensés en langue française, qui n’est plus à la portée des étudiants, elle leur est devenue inaccessible. La transmission du savoir s’en trouve réduite à sa forme la plus primitive. Mis à part le fait que les théories agronomiques enseignées soient souvent obsolètes, l’ingénieur sortant se retrouve par exemple à en connaître plus sur les races étrangères et pratiquement rien sur les locales, il en est de même pour les cultures végétales, tels que le palmier dattier et le pommier. Avec en plus une formation très peu soutenue par des pratiques sur le terrain, à sa sortie, le technicien se retrouve devant un paysage tout à fait étranger. Pour l’instant, nous avons des diplômés, il faut l’avouer, malheureusement incapables d’assurer le redressement du secteur. Il en est de même pour les techniciens de rangs moyens et les moniteurs.

C’est un véritable problème, puisque ceux qui enseignent actuellement pour la plupart, à leur tour, ne maîtrisent pas la langue de l’enseignement, eux aussi. L’agriculteur, l’ouvrier agricole ont, quant à eux, le plus souvent un faible niveau d’instruction, ou sont carrément analphabètes. Mais on sait qu’on peut rattraper le retard aisément dans un monde où les travaux saisonniers laissent le temps à une formation. Elle peut aller de la familiarisation de quelques heures pratiquée par des animateurs (agents de vulgarisation agricole), aux stages de formation, qui seront toujours sanctionnés par des certificats d’aptitude professionnelle.

Une instruction de base permet au dernier maillon de s’insérer dans le monde évolutif des techniques agricoles et la maîtrise des techniques déjà existantes. Si le rôle primaire de l’agriculture est de nourrir sa population, ce qui n’était pas le cas durant la période coloniale, alors on devrait adapter la formation pour répondre à cette première mission. Sachant que l’accès à la modernité ne se fait pas par une rupture avec le passé, mais dans un processus évolutif qui intègre le progrès.

-Quelles sont les régions qui seront concernées, selon vous, par le lancement de projets agricoles ?

De prime abord, je dirais toutes parce que théoriquement chaque région recèle une particularité qui peut être valorisée, mais il y a des zones et des productions prioritaires. Sans cibler de régions particulières, la raison voudrait que l’on opte pour ce qui nous permet de produire un aliment de base (stratégique) en quantité suffisante et à un moindre coût. Ou encore ce qui nous permet d’avoir un produit avec un maximum d’avantages comparatifs. En regardant l’aspect quantitatif de la production, on se tournera vers les terres les plus riches. Les coûts de production deviennent très faibles dès que l’on n’a plus besoin d’irriguer, et là, on regardera les zones les plus humides.

A partir du moment où l’on fait intervenir la nature du produit, apparaissent des particularités qui vont faire activer un nombre important de facteurs sur lesquels les techniciens devront travailler minutieusement pour affecter des cultures ciblées aux régions de production. Il serait trop prématuré de prétendre le faire  actuellement, on se heurterait aux problèmes de données manquantes ou faussées, mais il est clair que certaines régions ont affirmé leur vocation et leur destination. Ce qu’il faut garder comme objectif est toujours l’optimisation du développement assigné d’une responsabilité morale qui tient compte de l’économie d’énergie, de la durabilité.

-Si des projets agricoles conséquents sont lancés pour atteindre le seuil de sécurité alimentaire, quelle serait la problématique de l’eau et de sa gestion qui pourrait s’imposer ?

Avant d’atteindre le problème de l’eau et de la gestion des espaces, il faut avoir une vue sur le problème d’énergie carbonée qui va se poser dans un temps proche. Ne pas en tenir compte serait condamner ces projets à la ruine. Ce qu’il faut savoir en premier, c’est que l’agriculture durable travaille avec la nature. Un organisme biologique (animal ou végétal) peut être conçu comme un ensemble de réponses génétiques à un milieu donné. La logique voudrait que l’homme travaille sur l’amélioration et la sélection de ce patrimoine génétique en vue d’obtenir les performances qu’il désire, comme il l’a toujours fait. Dans ce cas, le paysage agricole sera composé d’une multitude (biodiversité) de compositions génétiques en harmonie avec les écosystèmes dans lesquels elles évoluent. La gestion des espaces se fera d’elle-même, puisqu’elle sera déterminée par le type biologique en place.

L’eau est un facteur qui est de plus en plus précieux, sa gestion sous-entend une utilisation rationnelle et intelligente. C’est le manque d’eau et l’excès de chaleur associés, qui semblent être des facteurs limitant, qui ont fait que la Numidie soit «le grenier» de Rome pour le blé dur. Grâce à l’intelligence de l’homme, ces facteurs a priori contraignants ont été exploités de façon judicieuse pour devenir des avantages dominants. Ce qui voudrait dire en quelque sorte, qu’optimiser la gestion de l’eau se résumerait à ne pas en consommer du tout pour produire autant. Ce raisonnement présente évidemment des limites puisque dans la plus grande partie du pays, la complémentation du processus de production par l’eau est quasi indispensable. Actuellement, le choix semble s’orienter vers une politique de gros moyens très énergivore pour adapter l’écosystème à l’organe biologique, alors que la logique voudrait que ce soit l’inverse qu’il faudrait faire. Pour un développement moralement responsable et durable, il serait insensé de ne pas raisonner dans un contexte de transition énergétique.

-Comment garantir une préservation de ces eaux qui serviraient à l’irrigation de terres, alors que le gouvernement a opté pour l’exploitation de gaz de schiste à partir de 2020, exploitation qui représente un réel danger de contamination pour les eaux souterraines ?

Les besoins en eau de l’humanité sont de plus en plus importants, face à une ressource naturelle quantitativement limitée celle-ci ne peut que se raréfier. Vitale sur le plan biologique, il est impensable d’en faire une utilisation irrationnelle et encore moins de la contaminer au point d’en faire un objet abiotique. A part le fait que cette industrie soit une grosse arnaque financière pour l’Algérie, et que nos réserves de gaz conventionnel soient suffisantes pour de longues années, elle associe cet autre caractère dont les retombées destructrices irréversibles sur la nature n’ont pas de limites.

A l’heure où la France s’apprête à reconnaître les dégâts faits par les essais nucléaires sur son ancien territoire colonial, nous décidons de refaire les mêmes dégâts sur notre espace vital. Les bassins potentiellement exploitables se trouvent au Sahara. Les forages devront en principe traverser la nappe albienne. Ils se font à des profondeurs allant jusqu’à 3000 m, alors que la nappe qui affleure parfois ne va pas plus loin que 1500 m en général. A ce jour, tout ce que les pétroliers peuvent assurer est qu’ils feront un maximum pour qu’il y ait moins de dégâts. Mais en aucun cas ils ne s’avanceront à assurer qu’il n’y aura pas de répercussions néfastes sur l’environnement. Nous avons vu ce qui s’est passé à Divid Creek (Etats-Unis), où les fissures de la fracturation horizontale ont contaminé les nappes aquifères, provoquant une catastrophe écologique irréversible. Des résultats similaires ont eu lieu au Canada.

Les compagnies pétrolières trop puissantes financièrement ont balayé les lois, et tous ceux qui pouvaient les empêcher de procéder à cette exploitation pétrolière mortifère. Il est normal de se demander quel serait leur comportement dans un pays étranger, dont les institutions ne seront pas en mesure de les contrôler. A l’heure où l’énergie carbonée montre ses limites, réfléchir un développement économique sans s’inscrire dans un contexte de transition énergétique, dénote une absence de réalisme et un manque de responsabilité. Aucune raison n’admettra que pour prétendre accéder au progrès, il faut commencer par supprimer le facteur eau comme élément biotique, surtout dans des milieux désertiques. On retiendra que cette industrie est le moyen le plus sûr pour destiner une partie de l’Algérie à l’extinction.



«La micro-irrigation permet d’économiser jusqu’à 40% d’eau»

Dr Ammari Abdelhadi. Enseignant chercheur

«La micro-irrigation permet d’économiser jusqu’à 40% d’eau»


Bsikri Mehdi Publié dans El Watan le 11 – 01 – 2014

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Dr Abdelhadi Ammari est également co-auteur du livre  » Vulnérabilité à l’envasement des barrages »
-Quelles sont les caractéristiques des apports pluviaux en Algérie ?

Notre pays est pauvre en matière d’eau. D’après les normes internationales, la moyenne est de 500 m3 par habitant et par an. En Algérie, la moyenne est de l’ordre de 400 m3, mais il existe des inégalités entre les régions.
A l’indépendance, le volume de stockage était d’un milliard de mètres cubes. Aujourd’hui, la capacité de stockage est d’environ 7,7 milliards de mètres cubes. Mais il subsiste des problèmes, tels que l’envasement, qui grignotent chaque année 0,65% de volume de stockage. D’après la moyenne internationale, la consommation d’eau par habitant est de 150 litres par jour et par habitant. Cette norme en Algérie n’est pas la même d’une région à une autre.
Alger, par exemple, elle est de 240 litres par habitant, cela dépend de la qualité de vie des habitants, qui n’est pas la même dans les zones rurales. A l’heure actuelle, selon le ministère des Ressources en eau, le raccordement aux réseaux d’alimentation en eau potable est de 95%. Mais les fuites représentent près 40% des volumes distribués. Dans certains pays, il existe la culture de moissons des eaux (Water Harvesting), c’est-à-dire la récolte des eaux de la base jusqu’aux grands ouvrages, des domiciles aux infrastructures comme les barrages. Il faut avoir une agriculture conforme au climat de l’Algérie.

-Comment espérer une agriculture prospère avec ces données ?
Biskra et El Oued sont des exemples de réussite en matière de culture maraîchères. C’est le fruit d’efforts considérables pour développer ces cultures et préserver le maximum d’eau. Il y a des techniques comme la micro-irrigation initiée par le programme d’aide à l’agriculture, mais ce projet d’extension et d’élargissement des surfaces n’a pas atteint ses objectifs, à cause du manque de formations principalement. Il faut former les fellahs pour gérer ces techniques, surtout dans les zones arides. La micro-irrigation permet d’économiser jusqu’à 40% d’eau. La Jordanie est un pays leader dans ce domaine, pour ne pas citer Israël. En outre, dans le Sud, il existe des zones à fort taux de salinité. Il faut injecter des doses d’eau pour le lessivage des terres.

-Et concernant les nappes…
Il y a beaucoup de nappes surexploitées, comme celle de la Mitidja. Sa capacité est d’environ 307 millions de mètres cubes par an. La surexploitation des nappes a provoqué des baisses de niveau de la nappe, d’environ 19 à 27 mètres en amont (dans la région de Bouinan par exemple) et de 10 mètres en aval (côtier d’Algérois), ce qui a provoqué l’intrusion des eaux marines. C’est une pollution très grave qui ne peut être combattue que par la recharge des nappes d’eau douce et la mobilisation d’eaux superficielles. Il y a par exemple des projets de dessalement pour réduire cette surexploitation excessive. Une nappe exploitée au-delà des ces capacités se vide.

-Quelle est votre observation concernant les crues enregistrées occasionnellement ?
Les inondations sont des phénomènes naturels inévitables, on ne peut que réduire la fréquence des crues, et les dégâts engendrés, si une forte précipitation s’abat sur une région et que le sol est saturé d’eau et que la capacité de drainage est dépassée, le niveau d’eau s’élève et inonde la région considérée. Il y a des solutions pour éviter cela, on peut citer l’entretien et l’aménagement des cours d’eau, le curage des réseaux d’évacuation, etc. Malheureusement, les cours d’eau sont devenus presque comme des décharges publiques, ce qui réduit la capacité de ces derniers à véhiculer les débits. Il y a même des constructions dans les lits majeurs et parois même mineurs des cours d’eau. L’eau reprend toujours ce qui lui est dû. Si une construction obture le passage de l’eau, on ne peut s’attendre qu’à la catastrophe.
source: urlr.me/t3MJh

«Nous devons tenir compte du facteur de disponibilité limitatif»

Pr Mohamed Meddi:

«Nous devons tenir compte du facteur de disponibilité limitatif»

11 janvier 2014
Entretien réalisé par Mehdi Bsikri

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Professeur Meddi est enseignant chercheur à l’École Supérieure de l’Hydraulique de Soumaa (Blida).

-Quels sont les défis que doit relever l’Algérie en matière de ressources en eau ?

Notre pays, à l’instar des pays méditerranéens, vit depuis les années 1970 une réduction des apports atmosphériques, qui constituent la première ressource en eau des pays du Maghreb. Tous les scénarios développés jusqu’à maintenant sont pessimistes et prédisent une réduction des eaux souterraines ainsi que de la pluviométrie. Les programmes de construction de barrages pour emmagasiner ces eaux de précipitations constituent un outil intéressant pour accroître les réserves en eau. Mais il y a d’autres aspects. Il faut trouver les sites nécessaires pour concevoir ces barrages. Dans la région ouest par exemple, on n’arrive plus à en trouver. Ces barrages coûtent très cher.

Une fois réalisés, nous constatons qu’il y a un problème d’envasement important. Cela constitue un handicap, puisque la capacité de stockage de ces barrages est réduite. Ainsi, il faut penser en parallèle à la construction des barrages, le stockage de ces eaux superficielles dans les sous-sols, et aux projets de recharge des nappes. L’Algérie a déjà eu un programme ambitieux pour la construction de retenues collinaires, avec la volonté d’en réaliser 1000 retenues. Mais le projet a été un échec, parce que les normes de construction n’ont pas été respectées. Les stations de dessalement de l’eau peuvent constituer un apport supplémentaire pour combler un manque.

Un autre phénomène persiste également. Il s’agit de la pollution des nappes due à la réduction du niveau des nappes côtières et l’altération de la qualité de ces eaux par les nappes marines. Ce qui a abouti à l’invasion des eaux salées. Il y a par ailleurs les rejets directs dans la nature des eaux usées industrielles et domestiques. En outre, des produits fertilisants, employés excessivement par les agriculteurs, engendrent  la pollution des eaux superficielles et souterraines.

-Quelles sont les raisons de l’échec concernant le programme de construction de 1000 retenues collinaires ?

Les programmes ambitieux dans la construction des ouvrages hydrauliques doivent être lancés en collaboration avec les chercheurs, car ils peuvent aider et proposer des solutions plus adéquates que les bureaux d’études. Ces derniers font de l’ingénierie seulement. Les chercheurs étudient les impacts qui peuvent avoir lieu suite à la réalisation de ces ouvrages. Une infrastructure modifie tout un environnement climatique, hydrologique, hydrogéologique et hydraulique. Les consultations des chercheurs permettent d’éviter les fiascos économiques, car tous les scénarios sont mis en relief.Advertisements

-Quelles sont les capacités des eaux souterraines ?

Les chiffres exacts du volume des eaux souterraines, avancés par le ministère des Ressources en eau, sont plus importants dans le Sud que dans le Nord. Mais je préfère parler des eaux avec philosophie et pas avec les chiffres, qui parfois cachent d’autres intentions. Le vrai problème qui se pose est la difficulté de renouvellement des nappes phréatiques, dans la partie nord du pays, et l’impossibilité de renouveler ces eaux dans le Sud, car ce sont des nappes fossiles, accumulées sur des milliers d’années.Depuis les années 1970, le nombre de forages, notamment dans les régions fertiles, a augmenté pour satisfaire la demande. Conjuguées à la réduction de la pluviométrie, les nappes sont surexploitées. Des répercussions négatives ont eu lieu en termes quantificatif et qualificatif.

-Quel sera l’impact de l’utilisation de la fracturation hydraulique une fois l’exploitation de gaz de schiste lancée ?

Il faut tout simplement se diriger vers les laboratoires de recherche et les chercheurs pour connaître les scénarios; en France et aux USA, les opposants à l’exploitation au gaz de schiste sont plus nombreux que ceux qui sont pour.

-Que préconisez-vous pour le secteur ?

Il est à préconiser la construction de logements collectifs ou individuels munis de système de récupération d’eaux de pluie. Dans les pays développés, c’est fait dans un sens économique, pour réduire la facture. Les gens doivent prendre conscience du coût et de la valeur de l’or bleu. Il y a trop de gaspillage d’eau en Algérie. Il faut à la fois sensibiliser et en parallèle mettre en place des dispositifs de dissuasion pour ceux qui gaspillent. Il faut permettre aux couches vulnérables d’accéder à l’eau, mais en même temps à travers la facture, combattre le gaspillage. Sensibiliser via les médias lourds, la presse écrite, l’école, pour dire que cette eau est précieuse. Il faut par ailleurs intervenir sur l’ensemble du réseau pour diminuer les fuites, qui sont énormes.

Les réseaux doivent être rénovés et mettre en place des services compétents pour combattre les fuites. En outre, il faut penser à traiter les eaux usées pour les utiliser pour l’irrigation, l’arrosage et pourquoi pas le rechargement des nappes qui se vident. Si on arrive à récupérer 70% des eaux rejetées dans les circuits, c’est déjà un effort considérable. Il faut se focaliser par ailleurs sur l’équilibre régional. Les régions qui ont des capacités limitées en eau ne doivent pas recevoir une population dont la demande serait supérieure à l’offre. C’est un point essentiel à étudier avant de développer les villes. Nous devons tenir compte du facteur de disponibilité limitatif. Si cette demande devient exagérée, il faudra ramener de l’eau d’autres régions, cela coûtera très cher.

source 1: urlr.me/yCQ5M

source2:  urlr.me/yVcBj